À 41 ans, Jacinda Ardern est la plus jeune cheffe d'État au monde, hommes et femmes confondus. Retour sur les pas de la leader du parti travailliste néo-zélandais et Première ministre depuis 2017.

Avec 59,5% d'opinions favorables, elle est la cheffe de gouvernement la plus appréciée de l'histoire de la Nouvelle-Zélande. Elle est aussi très populaire dans le monde entier, son approche compatissante, progressiste et humaine de ses responsabilités politiques étant régulièrement saluée sur les réseaux sociaux. Sur Instagram, Jacinda Ardern est même suivie par plus de 1,7 million de personnes.

Enfance et débuts fulgurants en politique

Née au Nord de la Nouvelle-Zélande le 26 juillet 1980, Jacinda Ardern grandit entre Morrinsville et Murupara, deux petites villes. Son père est officier de police et sa mère travaille à la cantine d'une école de leur province.

Enfant unique, elle décide de faire porter sa voix dès ses premières années d'enseignement, en devenant représentante des étudiants de sa formation. À ce moment-là, encore étudiante, elle prend un job à mi-temps dans la restauration. En 2001, elle est diplômée en communication politique et relations publiques.

C'est sa tante, Marie Ardern, qui l'incite à faire de la politique. Membre du parti travailliste, elle la recrute lors de la campagne de 1999. C'est ainsi que Jacinda Ardern rejoint le parti à 17 ans, devenant rapidement l'une des figures majeures des juniors. Elle part vivre à New York puis à Londres, où elle devient l'une des 80 conseillers de l'ancien premier ministre britannique Tony Blair.

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En 2008, elle revient en Nouvelle-Zélande, et est élue membre du parlement, toujours au parti travailliste. Elle en devient la plus jeune représentante, alors âgée de 28 ans. Dix ans plus tard, le 1er août 2017, tout juste 7 semaines avant les élections, elle prend la position de leader du parti après la résignation d'Andrew Little.

Deux mois plus tard, en octobre, elle devient première ministre du pays. À peine élue, elle affirme souhaiter un gouvernement "soudé, emphatique, et fort".

Devenue mère pendant son mandat

Ses parents sont de conviction mormone, une doctrine dont elle se détache à 25 ans, la jugeant homophobe. "J'ai quitté l'Église, car je ne pouvais plus défendre mes convictions politiques en partageant ses valeurs", dira-t-elle par la suite.

Son style politique se définit par son approche très modeste et terre-à-terre vis-à-vis de la population néo-zélandaise.

Durant la campagne de 2017, son désir de maternité est raillé par la presse et ses opposants.Certains ont en effet remis en question sa capacité à diriger le pays si elle venait à devenir mère, lorsqu'elle fut élue en 2017. À ceux-là, Jacinda Ardern répond : "C'est impensable que je doive me justifier là-dessus simplement parce que je suis une femme".

Elle tient d'ailleurs un discours particulièrement engagé lorsqu'en janvier 2018, elle annonce qu'elle et son compagnon, Clarke Gayford, attendent un enfant. Le couple n'est pas marié. "Je ne suis pas la première femme à être multitâche. Je ne suis pas la première femme à avoir un enfant et travailler en même temps. Je sais que ça peut étonner, mais croyez-moi, de nombreuses femmes l'ont fait par le passé, et bien avant moi", explique-t-elle à la presse en réponse à ses détracteurs.

C'est impensable que je doive me justifier là-dessus simplement parce que je suis une femme

En février 2018, elle participe à la Marche des fiertés à Auckland, une grande première pour le chef du gouvernement de Nouvelle-Zélande.

Quelques mois plus tard, Jacinda Ardern accouche d'une petite fille prénommée Neve, signifiant "l'amour", et devient la deuxième cheffe d'État au monde à devenir mère pendant son mandat : "J'espère que mon parcours montrera aux jeunes hommes et femmes qu'on n'a pas besoin de choisir entre la famille et la carrière, et qu'on peut tout simplement faire ce qui nous plaît", explique-t-elle auprès de son compagnon, lors d'une conférence de presse.

Elle retourne au travail un mois et demi après son accouchement et part, trois mois plus tard, accompagnée de son partenaire et de leur enfant, à New York, pour l'assemblée générale des Nations Unies.

Et lorsqu'un journaliste lui demande "ce que ça fait d'avoir sa fille ici avec elle", elle rétorque, symboliquement : "C'est une nécessité. J'ai choisi d'allaiter ma fille donc il faut bien qu'elle soit là, avec moi, pour que je la garde en vie. Elle est avec nous pour ce voyage car j'ai aussi décidé de combiner ma vie de mère avec ma vie professionnelle. Comme quoi, on peut faire les deux."

J'ai choisi d'allaiter ma fille donc il faut bien qu'elle soit avec moi pour que je la garde en vie

Une première ministre empathique et pro-égalité

Au nom de son pays, Jacinda Ardern dit, lors de ce meeting aux Nations Unies : "On a un concept qui nous sert de modèle en Nouvelle-Zélande, ça s'appelle la gentillesse, peut-être devrions-nous l'essayer à l'échelle mondiale ?".

La responsable politique a aussi montré son soutien aux Maoris en Nouvelle-Zélande, et estime que l'apprentissage de leur langue d'origine devrait être rendue obligatoire dans les écoles néo-zélandaises. En faveur du droit à l'avortement, elle a permis sa décriminalisation au sein du pays.

Elle se revendique d'ailleurs féministe et pointe régulièrement le capitalisme comme responsable de l'augmentation de la pauvreté et des sans-abris en Nouvelle-Zélande. Elle s'est engagée à atteindre en quatre ans l'équité salariale femmes-hommes dans le secteur public, espérant que cela fasse office de "catalyseur de changement à grande échelle". 

"La sympathie et l'amour, quel genre de dirigeant parle ainsi dans un monde où être fort signifie construire des murs et mettre des enfants en prison, ou, chez nous, d'élever l'intransigeance et la tergiversation à un niveau inédit ?", analyse le Guardian en 2019, la mettant en opposition avec les politiques conservatrices des États-Unis et du Royaume-Uni. "Ardern voit la différence et veut la respecter, l'inclure, et y trouver une connexion. C'est une manière agnostique de montrer que l'amour démonte la haine. Ce sont là des vraies qualités de dirigeant, cette lumière dont elle irradie, et nous amène vers un monde où on voit aussi bien le meilleur que le pire."

Gestionnaire de crises hors-pair

Sa gestion et sa réactivité face aux attentats ayant eu lieu dans son pays en mars 2019 à l'encontre de deux mosquées, a aussi été énormément appréciée. En seulement dix jours, la première ministre réussit à faire changer la loi sur la vente et le port d'armes en Nouvelle-Zélande et à les restreindre drastiquement.

Ferme mais aussi compatissante, comme à son habitude, elle rend hommage aux victimes, et porte le voile en signe de respect. À ce titre, elle décide de ne pas prononcer le nom du terroriste ayant commis les attentats, pour ne pas le mettre plus en avant que les victimes. Une gestion là aussi empathique d'une situation de crise sans précédent pour la Nouvelle-Zélande, largement saluée sur les réseaux sociaux.

Pendant le confinement en Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern a aussi fait monter sa côte de popularité en réagissant avec humour et optimiste à cette pandémie de Covid-19 pourtant dramatique. Elle partage alors quotidiennement sa vie de famille sur les réseaux sociaux pour distraire les Néo-zélandais, vêtue de vêtements ordinaires comme des sweat-shirts ou T-shirts.

Ses mesures pendant la crise ont aussi été acclamées à travers le monde, notamment sa décision qu'elle et les membres de son gouvernement aient une réduction de salaire de 20% pendant six mois en soutien aux personnes touchées financièrement par la Covid-19.

En mai 2020, Jacinda Ardern impression à nouveau par son sang-froid en ne se laissant pas perturber par un tremblement de terre, alors qu'elle est en pleine interview à la télévision. Elle reste souriante, et même, plaisante. La scène devient virale sur les réseaux sociaux. 

En 2021, son gouvernement a mis en place la possibilité de passer à une semaine travaillée de quatre jours, sans baisse de rémunération, pendant un an, pour relancer l'économie et le tourisme au sein du pays. L'entreprise Unilever teste actuellement ce dispositif. Jacinda Ardern souhaite créer de nouveaux jours fériés. 

Confirmation de sa popularité et de sa bonne gestion de la crise du Covid-19 : en octobre 2020, le Parti travailliste a remporté à la majorité absolue les élections au Parlement.